Dernières lectures: 3 romans puissants

Je vous retrouve aujourd’hui pour un nouveau billet lecture où je vous parle de trois romans lus récemment qui m’ont marqués chacun à leur façon.

Il ne s’agit pas forcément de lectures légères où drôles, pourtant j’ai dévorré chacun de ces romans. Chacun dans un genre différent dégage une atmosphère particulière, légèrement inquiétante qui nous pousse sans cesse à tourner les pages pour en connaître la fin.

The Girls d’Emma Cline

Note : 4/5

Ce livre a fait le buzz parmi les sorties littéraires américaines de cet été. La raison en est le sujet : comment une jeune fille ordinaire se fait endoctriner au point de devenir membre d’une secte. Histoire largement inspirés de faits réels : la secte créée par Charles Manson aux Etats Unis dans les années 60.

Le roman raconte l’histoire d’Evie Boyd, une adolescente américaine de 14 ans rêveuse et solitaire. Evie vit avec sa mère dans une banale banlieue Californienne à la fin des années 1960. Suite au divorce de ses parents elle a très peu de nouvelle de son père et se prépare à rejoindre un pensionnat à la prochaine rentrée. L’histoire débute au début de l’été, Evie, légèrement désœuvrée, remarque un groupe de filles dans un parc. Elle est fascinée par leur liberté, leur aspect légèrement négligé et l’aura qu’elles dégagent. Quelques jours plus tard elle croise à nouveau l’une d’entre elle, Suzanne. De plus en plus hypnotisée par la magnétique Suzanne, Evie cherche à tout prix à garder le contact avec elle et à intégrer son groupe. Elle découvre alors que les jeunes filles font partie d’une mystérieuse communauté à la tête de laquelle reigne un charismatique leader, Russell. Tout ce petit monde vit en communauté dans un ranch étrange et délabré non loin de chez Evie. Peu à peu la jeune fille passe de plus en plus de temps au ranch sans se rendre compte de l’environnement malsain qui l’entoure et des évènements violents qui s’annoncent.

Au début du roman Evie nous apparait comme une jeune fille de 14 ans  « normale », certes, marquée par la séparation de ses parents mais qui a des préoccupations similaires à toutes les jeunes filles de son âge (sa relation avec meilleure amie, son premier coup de coeur amoureux…). Mais au fur et à mesure qu’Evie s’attache au groupe de Russell, on en apprend un peu plus sur elle et notamment ses relations avec ses parents qui permettent de mieux comprendre comment la jeune fille a pu constituer une cible facile pour Russell.

La force de ce roman c’est ce parallèle entre la sortie de l’adolescence période que toute jeune fille traverse et ces évènements à la fois graves et extraordinaires que va vivre Evie. Et c’est parfois le premier sujet, relativement banal mais très bien traité ici (l’adolescence), qui prend le pas sur le second, pourtant à la source du buzz qui entoure ce roman.

Quelques éléments m’ont légèrement dérangé lors de ma lecture. Tout d’abord, la narratrice (Evie plus agée nous raconte son histoire) ne porte aucun jugement sur les évènements qui lui sont arrivés. Elle nous raconte simplement son histoire. Cet absence de jugement de valeur peut mettre légèrement mal à l’aise même si je comprends le partis pris de l’auteur qui ne dénonce pas et laisse au contraire chaque lecteur se faire sa propre opinion sur les évènements.

Enfin, j’ai trouvé que l’auteur faisait beaucoup monter la sauce évoquant plusieurs fois le « terrible évènement » qui guette Evie pour qu’au final le soufflé retombe rapidement (deux métaphores culinaires dans la même phrase je dois avoir faim !). Bref, un effet d’annonce qui tombe un peu à plat. Mais il s’agit du premier roman de l’auteur, on lui pardonne donc facilement ces quelques erreurs de style 🙂

Une vie entre deux océans de M.L. Stedman

Note : 4/5

Ce roman c’est avant tout une atmosphère à la fois recluse et ouverte aux quatre vents. Une grande partie de l’intrigue se déroule en effet en huis clos sur une île, Janus, au large de la côte australienne, uniquement peuplée de moutons et du gardin du phare. Ce gardien c’est Tom Sherbourne, un homme mystérieux et silencieux, profondemment marqué par les horreurs qu’il a vécu pendant la Grande Guerre. Il n’aspire aujourd’hui qu’à une vie tranquille est solitaire.

Cependant lors de l’un de ses courts séjours sur la terre ferme, Tom tombe sous le charme d’Isabel. Après une cour épistolaire, les deux jeunes personnes se marient et Isabel rejoint Tom sur Janus.

Leur bonheur est cependant de courte durée, Isabel devant affronter de multiples fausses couches sombre peu à peu dans la dépression. Jusqu’au jour où un canot s’échoue sur le rivage de janus. À son bord, le cadavre d’un homme et un bébé, sain et sauf. Si Tom songe immédiatement à raporter l’évènement aux autorités, Isabel, traumatisée par ses fausses couches, demande à Tom d’ignorer les règles, de ne pas signaler l’incident. Une décision aux conséquences dévastatrices… Car l’enfant grandi et il deviendra de plus en plus difficile de la tenir éloignée de la terre ferme et de son passé.

En lisant le résumé (relativement similaire à celui que je vous ai rédigé ci-dessus), je m’attendais à ce que la véritable identité de l’enfant receuilli par Tom et Isabel n’éclate qu’à la fin du roman. En réalité la « vérité » est découverte relativement tôt et une bonne partie du roman traite des conséquences de la décision prise par Tom et Isabel.

Dès le début du roman on devine que la décision de Tom et Isabel aura des conséquences graves. L’atmosphère de ce roman est assez sombre, parfois pesante mais entrecoupée de récit de bonheur familial ordinaire. La narration est irréprochable. Pour un premier roman c’est impressionant ! On tourne les pages sans problème pour découvir où les mènera ce choix irrévocable. Forcément en tant que lecteur, nous nous demandons ce que nous aurions fait à la place de Tom ou d’Isabel. Ce récit envoutant nous balance sans cesse entre condamnation et empathie.

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari

Note : 3,5/5

Ambiance totalement différente pour ce troisième roman qui se déroule de nos jours en Corse.

Nous sommes dans un petit village loin de la côte où le bar local est en train de dépérir. Suite à plusieurs repreneurs à la fois malheureux et malhonnêtes, deux enfant du pays, Matthieu et Libero, décident de reprendre le bail, tournant le dos à leurs études parisiennes. A la surprise de tous, leur gérance s’averre être une réussite.

Les deux amis utopistes souhaitent créer à travers ce bar « le meilleur des mondes possibles » cher à Leibniz – un monde fait de jolies serveuses, d’alcool et de charcuterie du cru.

Mais le succès est de courte durée. La facade de réussite se désagrège progressivement face à la banale médiocrité humaine.

En fil rouge, les sermons sur la chute de Rome de Saint Augustin qui enseignent qu’il n’est pas d’empire qui ne soit mortel. Cela vaut pour l’empire romain comme pour ce bar de village du XXIème. Mais aussi pour l’empire colonial français, sujet traité en filligramme à travers l’histoire du grand-père de Matthieu.

Ce roman traite ainsi de la tragique propension de l’âme humaine à se corrompre. Jérôme Ferrari s’attarde sur cet instant ou tout bascule, où la bulle de bonheur éclate pour laisser place à une réalité violente et corrompue.

L’écriture de Jérôme Ferrari est absolument maitrisée (ce roman a obtenu le prix Goncourt 2012). J’ai lu ce roman en quelques jours, mais j’ai cependant eu très peu d’empathie pour les personnages (l’auteur n’en ayant lui même très peu).

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