2 ans d’expatriation en Irlande : le bilan

Cela fait en réalité 1 ans et 11 mois que j’habite en Irlande mais je me suis dit que c’était le bon moment de faire un bilan car j’ai une nouvelle à vous annoncer (si vous ne l’avez déjà pas appris via Instagram ou Twitter) : je rentre définitivement en France en Octobre. Alors que la fin de mon aventure irlandaise approche, il était temps d’en faire le bilan.

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Alors ces 2 ans en Irlande? C’était comment ?!

Pour info, l’Irlande est ma deuxième expérience d’expatriation, j’ai déjà vécu un an à l’étranger, aux États-Unis en 2010/2011. Certes un pays beaucoup plus éloigné de la France que l’Irlande, mais dans un contexte plus « facile », celui des études où j’étais encadrée par l’université et où la vie sociale est beaucoup plus facile à construire.

Car l’expérience est totalement différente lorsqu’on s’installe à l’étranger pour travailler. S’installer dans une ville totalement nouvelle où notre seul biais de sociabilisation est le travail change complètement la donne, surtout quand vous partez sen célibataire ! Fini les soirées étudiantes, les horaires flexibles et les profs compréhensifs. Bonjour travail stressant à responsabilité, horaires fixes, managers et collègues non francophones.

Pour autant mon expérience s’est révélée fabuleuse et je rentre en France le coeur lourd mais  plein de bons souvenirs.

Le départ de la France

Après l’expérience aux États-Unis j’ai mis un moment à me réadapter à la vie française (entre 6 mois et un an). J’avais l’impression d’être en décalage avec les autres, d’avoir vécu des choses différentes, rencontrés des gens d’horizons différents… Bref, d’être devenue une nouvelle personne alors que la vie en France avait peu changée.

Puis la routine et la vie ont repris le dessus et surtout la maladie de ma mère qui m’a obligée à faire des A/R Paris/Dijon plusieurs fois par mois pour pouvoir m’occuper d’elle. Après plusieurs stages, j’ai fini par trouver un CDI mal payé où je m’ennuyais comme un rat mort mais qui me laissait suffisamment de disponibilité pour m’occuper de ma mère.
J’ai tenu un an. En hiver 2014 j’ai commencé à chercher un un nouveau job. En France. Mais au cours de mes recherches, je suis tombée sur cette offre pour une « grande compagnie d’IT » à Dublin. Sans y croire, ni trop y penser, j’ai postulé. A partir de là la machine s’est emballée : entretiens téléphoniques, entretiens en face à face à Paris puis à Dublin et  enfin l’annonce que le job était pour moi. S’en est suivi un mois d’euphorie et de culpabilité où tous les jours je pensais annuler mon départ. L’impression d’abandonner ma mère de plus en plus malade ne me quittait pas.

Deux mois avant de quitter la France, j’ai perdu ma mère.

Je n’ai, au final jamais eu à faire ce choix.

Je crois aujourd’hui que Dublin est arrivé au bon moment. Je n’aurais pas pu rester à Paris où j’avais trop de souvenirs qui me liaient à ma mère. J’avais besoin de repartir à zéro, d’être dans un environnement complètement nouveau même si, vous vous en doutez l’adaptation n’en a été que plus compliquée.

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La première année à Dublin

Je suis donc arrivée dans ce nouveau pays qui soyons honnête ne m’a jamais fait rêver 🙂

Quand on pense expatriation on pense souvent aux USA, Londres, Singapour… Mais rarement à l’Irlande ! Pourtant Dublin est devenue la Silicon Valley de l’Europe avec un régime fiscale ultra attractif (qui fait la une de l’actualité aujourd’hui) toutes les grosses compagnie d’IT y ont installé leur siège européen. Au cours de 5 dernières années Dublin est devenue une ville de plus en plus jeune, internationale et dynamique. Vous l’avez surement compris à travers mes articles mais je suis tombée sous le charme de ma ville d’adoption 🙂

En plus de cela, j’ai la chance d’intégrer une équipe internationale, ou tout du moins européenne. Mes collègues sont italiens, polonais, espagnols, suédois, allemands… Si l’essentiel de mon travail se fait en français, tous les jours je baigne dans une diversité culturelle qui me ravie.

Mais revenons à mes débuts à Dublin. Autant être honnête, les 4 premiers mois j’étais tout le temps crevée. Le boulot me demandait beaucoup d’efforts d’adaptation (rejoindre une grosse entreprise c’est intégrer tout un système de pensées, de process internes, un vocabulaire…), je n’étais plus non plus habituée à parler anglais toute la journée et il y avait aussi toute la partie administrative à gérer : trouver un appart, ouvrir un compte en banque…

Et bien sur pour les raisons expliquées ci-dessus je n’étais pas au top de ma forme. Bref j’ai mis du temps à m’intégrer. Ma première coloc ne s’est pas très bien passée et il est difficile de se sentir à l’aise dans une nouvelle ville tant que l’on a pas un endroit que l’on considère comme son chez soi. J’ai quand même rencontré de supers copines aussi bien au boulot qu’en dehors (je parle notamment de vous Jess et Roxane ^^). Petit à petit j’ai pris mes marques. J’ai développé une petite routine.

Au cours de cette première année plusieurs proches sont venus me rendre visite et j’ai pu découvrir mon nouveau pays et ses paysages fantastiques.

Cependant après un an j’étais toujours un peu mitigée sur cette expérience irlandaise. La France me manquait et deux de mes amies proches quittaient Dublin. Sans oublier le boulot où un gros projet m’avait tenu régulièrement éloigné de Dublin pendant plusieurs mois.

La deuxième année à Dublin

C’est finalement parce qu’une de mes très proches collègues est partie que je me suis rapprochée de mes autres collègues. Puis de nouvelles personnes sont arrivées et sans que je m’en rende compte je me suis sentie à Dublin comme chez moi.

Au cours de cette deuxième année, j’ai fait la fête comme si j’avais 22 ans, j’ai enfin compris l’accent irlandais (sauf les chauffeurs de taxi faut pas déconner), j’ai recommencé à dater, j’ai porté des tenues que je ne me permettrais jamais à Paris, je me suis inscrite à la salle de sport, j’ai parlé à des inconnus dans des bars, j’ai organisé des évènements épiques pour le boulot (notamment un cluedo géant à l’intérieur des locaux), j’ai bu de la vodka polonaise, du vin portugais, dévoré des tortillas espagnoles, du tiramisu italien et des gâteau à la cannelle suédois.

Après une année de deuil je m’autorisais enfin à vivre.

Je réalise aujourd’hui la chance que j’ai de travailler tous les jours à côté de mes potes (et non pas avec, ce qui, je pense fait toute la différence). On se voit toute la journée, après le boulot (pour la pinte du vendredi) puis le weekend. Un système qui a surement des limites sur le long terme mais qui depuis un an me rend heureuse comme rarement je l’ai été. Ici j’ose être complètement moi même. Ici tout le monde se moque de la ville d’où je viens, du métier de mes parents ou de la fac où j’ai étudié. Je n’ai jamais l’impression d’être apprécié sur d’autres critères que la personne que je suis maintenant.

Le retour en France

C’est presque au moment où j’avais l’impression que tout était en place : un boulot stimulant, une bande d’amis géniaux, un boyfriend irlandais… que j’ai appris que j’allais être relocalisée en France.

J’ai eu beaucoup de mal à me faire à l’idée de quitter tout ça. Aujourd’hui j’hâte de retrouver Paris, mes meilleurs amis, d’être plus proche de ma famille… (sans parler de la sécurité sociale, des congés payés, du vin et de Monoprix).

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****

Voilà. L’expatriation est une décision difficile mais tellement enrichissante. Oui, cela prend du temps avant de se sentir chez soi, la France, la famille et les amis nous manquent mais je ne regrette rien, absolument rien.

Je sais que les « expats » paraissent souvent snob à répéter sans cesse qu’ils se sentent à part et en décalage par rapport aux autres. Mais je ne pense pas que c’est une question de supériorité. J’ai eu cette conversation récemment avec une de mes amies (suédoise) à propos de notre groupe. Nous avons tous quitté volontairement notre pays d’origine, nous sommes tous partis loin de tout ce qui nous était connu, familier, facile. Nous avons choisi l’inconnu vs le confort. Et c’est ce pas, cette décision qui nous « sépare » des autres. Beaucoup de personnes l’envisagent, en parlent. Mais peu le font. Je ne porte pas de jugement de valeur. Chacun prend les décisions qu’il estime bonnes pour lui (et je réalise tout à fait que pour certaines personne le choix n’existe même pas). Mais, ici je ne suis entourée que de personnes qui ont fait ce pas, donc qui me ressemblent, qui sont dans ce même état d’esprit, cette curiosité, cette envie de découvrir. On plaisante sans cesse entre nous en se demander quel sera notre prochain pays  🙂

20 réflexions sur “2 ans d’expatriation en Irlande : le bilan

  1. Lola dit :

    Je viens de rentrer à Paris après 4 ans d’expatriation, entre New York et Londres.
    Je vous rassure tout se passe bien et c’est plus simple qu’on ne le pense!

  2. Emy dit :

    Très beau billet qui témoigne de toutes les émotions que l’on peut ressentir lorsqu’on est loin de chez soi. Du manque mais aussi de cette incroyable liberté qui s’offre enfin à nous d’être nous même et de repartir de zéro. Je te souhaite le meilleur pour ce retour !

  3. Mel dit :

    super bilan! pour ma part je redoute vraiment du moment ou je devrais quitter l’Irlande, et comme dit James Joyce: « When I die, Dublin will be written in my heart »

    Bon retour!

  4. Jeunes à l'étranger (@JalEtranger) dit :

    a 2nde partie de ton expatriation me fait rêver ! On dirait comme un 2nd erasmus. C’est vrai que le retour de l’étranger n’est pas toujours facile à gérer (je l’ai vécu..). Encore aujourd’hui j’ai souvent tendance à raconter des anecdotes qui me sont arrivées à l’étranger. En fonction de la personne en face de moi j’essais de m’ajuster. Est-ce que je le saoule avec mes histoires aux 4 coins du monde ou est-ce que je reste brève ? Certains sont curieux mais je vois que d’autres froncent les sourcils si je m’attarde sur le sujet lol.

    • Flo dit :

      Oui c’est vrai que parfois j’ai un peu l’impression d’être en erasmus (avec plus de responsabilité et plus de sous!). Je suis comme toi j’essaie de m’adapter à la personne à qui je parle pour ne pas la « souler » avec mes histoires 😉

  5. madeleinemiranda dit :

    C’est un joli bilan! Je suis contente que tu as eu une expérience positive en Irlande. Je sais aussi ce que c’est de devoir prendre de nouvelles repères. J’espère que ça va aller avec ton bf Irlandais! Peut-être qu’il viendra à Paris avec toi? 😀 Bises!

  6. La tête dans les nuages dit :

    J’ai découvert ton blog via Hellocoton.
    Je me suis pas mal reconnue dans ton billet. J’ai un peu le même parcours d’expatriation.
    Je pars pour ma seconde expatriation en Autriche après une année en Allemagne pour mes études. Ça n’est pas très différent mais tout de même. En Autriche,je pars travailler comme assistante de français. Ce n’est pas le même contexte, mais j’avoue que ça me fait un peu peur mais en même temps c’est devenu tellement un besoin pour moi.

    Au plaisir de te lire.

  7. Cindy C. dit :

    J’ai vécu un an à Dublin et c’est vrai que cette année là m’a complètement changée. Je ne suis pas passée par ta première phase (parce qu’on n’a pas vraiment vécu la même chose je pense) mais directement à la deuxième phase. Et je comprends, ça doit être frustrant de retourner en France alors qu’on s’était enfin bien intégré au pays. Bon retour à Paris en tout cas ! La France ce n’est pas si mal non plus 🙂

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